patrimoine industriel

Champagne-Ardenne, Ardennes

Vivier-au-Court, Fuzelier Jules (rue) 19, 30 ; Union (rue de l')

Polierie Camion Daux père et fils, puis usine de quincaillerie Camion frères, puis LARA, puis fonderie Bernard Huet, actuellement D2I

Type de dossier : ensemble ; avec sous-dossier Date de l'enquête : 1986

Désignation

Dénomination : usine métallurgique ; fonderie
Précision sur la dénomination : polierie
Appellation et titre : polierie Camion Daux père et fils, puis usine de quincaillerie Camion frères, puis LARA, puis fonderie Bernard Huet, actuellement D2I
Partie(s) constituante(s) non étudiée(s) : atelier de fabrication ; atelier de conditionnement ; magasin industriel ; bassin de retenue ; logement patronal

Compléments de localisation

Référence(s) cadastrale(s) : 2008 AH 21- 26 ; AE 281 à 283, 294 à 296, 298 à 302, 538 à 540, 678, 682 à 683
Numéro INSEE de la commune : 08488
Aire : Ardennes
Canton : Villers-Semeuse
Milieu d'implantation : en village
Cours d'eau : Moraimont (le)

Historique

Commentaire historique : C'est en 1820 que Pierre Louis Camion-Richard achète le moulin à farine de Moraimont (lieu-dit de Thumécourt, écart de Vivier-au- Court). Ce moulin construit en 1560 est immédiatement transformé en polierie et, dans le même temps, son propriétaire fait édifier une seconde polierie 300m plus haut à Thumécourt. Les travaux des deux sites doivent être terminés vers 1826 car la vérification des installations est demandée à cette date. En 1828, la polierie de Moraimont appartient au père de Camion-Richard, Barthélemy Camion-Daux et dès lors ces deux entités seront séparées : Moraimont donnera naissance aux usines Camion et la polierie de Thumécourt (IA08000629) est vendue en 1852, après le décès de Camion-Richard, à François Moranvillé. Moraimont est ensuite rapidement gérée par les deux autres fils de B. Camion-Daux, Jean-Baptiste Camion-Huart et Louis- Dominique Camion-Gallon sous la raison Camion frères pour produire de la quincaillerie. En 1850, ils construisent en face de leur polierie une première extension, dite la Grande Boutique, qui regroupe la forge, les limeurs, les bureaux et des logements ; c'est le plus grand bâtiment de forge de l'époque. En 1856, les fils de Jean-Baptiste Camion-Huart, Barthélemy Camion-Marée et Charles Camion-Chardin reprennent l'usine et prolongent vers l'est le bâtiment de forge initial par un grand bâtiment construit dans le même style dont la partie centrale comportait un portail au-dessus duquel s'élevait un lanternon rappelant le Dijonval. En 1872 a lieu une importante extension (fonderie notamment) des bâtiments vers le nord. Charles Camion fait élever son château en 1879, le château Camion, à l'est de l'usine. L'entreprise obtient une médaille d'or à l'Exposition Universelle de 1889. En 1891, Georges Camion prend les rênes de l'entreprise familiale avec son cousin Charles (qui décède en 1897) jusqu'en 1925 ; en 1894, Georges construit son château non loin de l'usine (rasé dans les années 1980) et fait raccorder l'usine au chemin de fer en 1911. La production stoppe pendant la Première Guerre mondiale puis redémarre en 1919. En 1925, Roger Camion, le fils de Georges, et son cousin E. Renson d'Herculais prennent la direction de l'usine ; en 1933, lors d'une nouvelle extension de l'usine qui dure de 1930 à 1935, est construit le magasin en béton armé, typique de l'entre-deuxguerres, daté et toujours visible. Guy Renson d'Herculais dirige le site jusqu'à la fermeture en 1979 ; reprise par la société LARA, l'entreprise ferme ses portes en 1989 date à laquelle les bâtiments sont acquis par la fonderie mitoyenne Bernard Huet Industrie (D2I depuis 2007) dont l'activité de production de poêles perdure aujourd'hui. La surface bâtie est passée de 520m2 au temps de la polierie à 950m2 avec la construction de la Grande Boutique en 1850, puis 6360m2 avec l'important agrandissement de 1872 et 18 000m2 en 1930 avant le nouvel agrandissement des années 1930-35. Hormis l'usine qui n'a cessé d'être agrandie, on voit encore en face la polierie et la première maison d'habitation construite en 1833 par Jean-Baptiste Camion-Huart ainsi que le château Camion construit en 1874 au nord-est. La partie sud-est de l'usine (bâtiments élevés en 1877, 1892 et 1914) donnant sur la rue Fuzelier est abattue en 2001 et remplacée par un magasin en structure métallique.
En 1850, une machine à vapeur de 20 ch. est achetée au constructeur ardennais Maljean. Dans la décennie de 1870, l'usine est actionnée par une chaudière et deux machines à vapeur de 150 ch. En 1918-19, l'usine est alimentée par un moteur de camion de marque Bussing, puis par une petite centrale électrique située à Mohon ; la capacité de cette dernière étant insuffisante, Georges Camion achète un moteur diesel de 200 ch. pour produire l'électricité.
En 1914, Camion emploie 580 personnes et son catalogue ne comporte pas moins de 4000 articles ; en 1979, 260 personnes y travaillent encore et produisent 12 000 articles de quincaillerie.
Datation(s) principale(s) : 1er quart 19e siècle ; 2e quart 19e siècle ; 3e quart 19e siècle ; 4e quart 19e siècle ; 2e quart 20e siècle ; 3e quart 20e siècle ; 20e siècle
Date(s) : 1835 ; 1856 ; 1876 ; 1914 ; 1897 ; 1930 ; 1933 ; 1935
Justification de la datation : date portée ; daté par travaux historiques

Description

Commentaire descriptif : Les bâtiments construits en bord de la rue Fuselier datant de 1892-95 (extrémité est et ouest de l'usine) sont à étage carré avec des murs en moellon calcaire avec refends coupe-feu, toits à longs pans à charpente apparente en bois couverts d'ardoise (celui de 1895, à l'ouest possède actuellement des sheds). L'atelier de 1880 construit au milieu de l'usine est bâti sur le même principe. Toutes les parties nord ont des murs en moellon calcaire mais sont couvertes de sheds à charpente métallique et de ciment amiante.
Les ateliers et magasins sud construits dans les années 1930 sont en béton armé ; le magasin est à deux étages carrés et son intérieur ressemble quelque peu celui d'une prison avec coursive et cellule.
La maison d'habitation à un étage carré et un étage de comble construite par Jean-Baptiste Camion en 1833 est élevée en moellon calcaire avec un toit à longs pans à charpente en bois apparente et ardoise ; la polierie à deux corps de bâtiment est à deux étages carrés et construite de la même manière.
Matériau(x) de gros-oeuvre et mise en oeuvre : calcaire ; moellon ; béton ; béton armé
Matériau(x) de couverture : ardoise
Vaisseau(x) et étage(s) : 2 étages carrés ; étage de comble
Type et nature du couvrement : charpente métallique apparente ; charpente en bois apparente
Type de la couverture : toit à longs pans ; terrasse ; shed ; demi-croupe
Emplacement, forme et structure de l'escalier : escalier intérieur
Source d'énergie : énergie hydraulique ; énergie thermique ; produite sur place ; énergie électrique ; produite sur place ; achetée

Intérêt de l'oeuvre

Intérêt de l'oeuvre : à signaler
Elément(s) remarquable(s) : magasin industriel
Observations : Site emblématique du bassin Vivier-Vrigne. Chaque époque a laissé son empreinte dans le bâti : la polierie édifiée vers 1825 est intacte, une partie des bâtiments du premier agrandissement de 1856 est encore présent et le magasin construit en 1933 est remarquable par son architecture, sa conception novatrice et l'organisation spatiale du travail qu'il engendrait. L'histoire du site est par ailleurs très bien connue grâce aux nombreux documents réunis par l'ancien directeur adjoint et petit-fils de Georges Camion, M. Michel Lang.
Oeuvre étudiée

Situation juridique

Statut de la propriété : propriété d'une société privée

Le bâtiment de 1935 surplombé par le magasin de 1933 depuis le sud
Plan du site


Documentation

Bibliographie

COLINET, René, JONET, Robert. L'usine Bernard Huet à Vivier-au-Court, cinq générations d'industriels (1852-1980). Terres Ardennaises, tiré à part des n° 98-99, 2007, p. 1-3.

CART (?), Michel. Le passé industriel des Ardennes des origines à 1914. Exposition Archives départementales (?), 1982.



Illustrations

Des. 1
Plan du site
Fig. 2
Vue de la polirie et de son étang (à droite) et de l'usine Camion (à gauche) depuis l'est au début du 20e siècle
Fig. 3
Le château construit par Georges Camion en 1894 (détruit dans les années 1980)
Fig. 4
Vue des usines Camion depuis l'est vers 1900 : les bâtiments du premier plan, bâtis en 1877 et 1892 ont été détruits en 2001 ; au fond, la Grande Boutique construite en 1850 et son extension de 1856 (avec le lanternon)
Fig. 5
A gauche, l'extension de la Grande Boutique construite en 1856 (fronton daté) vue depuis l'ouest vers 1900 et dans son prolongement, les ajouts de 1877 et 1892 aujourd'hui détruits
Fig. 6
Vue aérienne des usines Camion depuis le sud-est : à droite, le château de Charles Camion, en bas, celui de Georges et à gauche de l'usine, celui de Jean-Baptiste ; en haut, l'usine Bernard-Huet
Fig. 7
Vue aérienne de l'usine Camion et Bernard-Huet (à gauche) en 1935 depuis le sud : le château de Charles est en haut à droite, celui de Georges, en bas à droite et celui de Jean-Baptiste, au premier plan au milieu
Fig. 8
Plan de masse de l'usine en 1897
Fig. 9
Plan de l'usine en 1914
Fig. 10
Plan de l'usine par époques (1820-1850-1856) établi par M. Michel Lang
Fig. 11
Plan de l'usine en 1872 établi par M. Michel Lang
Fig. 12
Plan de l'usine en 1900 établi par M. Michel Lang
Fig. 13
Plan de l'usine de 1914 à 1980 établi par M. Michel Lang
Fig. 14
Plan récapitulatif des époques de construction des bâtiments établi par M. Michel Lang
Fig. 15
Dessin tiré du catalogue commercial de 1872 représentant l'usine depuis le nord ; au centre la partie construite en 1856 et à droite celle de 1850 (la Grande Boutique)
Fig. 16
Planche du catalogue commercial de 1895
Fig. 17
Dessin tiré du catalogue commercial de 1930 représentant l'usine Camion à différentes époques
Fig. 18
Georges Camion (1865-1944)
Fig. 19
Tondeuse à gazon produite à partir de 1925 suite au voyage aux USA de Renson d'Herculais, gendre de Georges Camion
Fig. 20
Vue aérienne actuelle des usines Camion et Bernard-Huet réunies : à gauche la polirie et le château de Jean-Baptiste Camion, au premier plan le bâtiment remplaçant depuis 2001 ceux construits en 1877, 1892 et 1914 ; à sa droite ceux de 1880, 1872, 1909
Fig. 21
Plan de l'usine en 1867 : en bas la maison d'habitation de Jean-Baptiste Camion et à sa gauche la polierie ; au nord la Grande Boutique construite en 1856
Fig. 22
Rue Fuzelier depuis l'est en 1987, de gauche à droite côté  : la polierie de Moraimont, les bâtiments élevés en 1935
Fig. 23
Façade principale de la polierie en 1987
Fig. 24
Façade arrière (côté étang) de la polierie de Moraimont en 1987
Fig. 25
Le bâtiment élevé en 1933 côté rue Fuzelier en 1987
Fig. 26
Rue Fuzelier en 1987 : les bâtiments élevés en 1856 (arrière plan), 1877, 1892 (premier plan) ; les deux dernières parties ont été détruites en 2001
Fig. 27
Angle de la rue Fuzelier en 1987, de gauche à droite : partie construite en 1892 et 1914 détruites en 2001
Fig. 28
Rue Fuzelier depuis l'est en 1987 : l'extension des années 1930, à gauche, la polierie, à droite
Fig. 29
Vue aérienne
Fig. 30
Vue aérienne
Fig. 31
Vue aérienne
Fig. 32
Vue aérienne
Fig. 33
Vue aérienne
Fig. 34
Vue aérienne
Fig. 35
Vue aérienne
Fig. 36
Vue de l'usine depuis la partie ouest de la rue Fuzelier : bâtiment construit en 1895 à l'emplacement de la Grosse Boutique de 1850
Fig. 37
Rue Fuzelier depuis l'ouest : au premier plan le bâtiment de 1935 et en arrière plan le magasin de 1933
Fig. 38
Rue Fuzelier depuis l'est, de gauche à droite : l'atelier de 1935 dominé par le magasin de 1933, l'atelier de 1856 (sa partie gauche est utilisée comme soubassement par le bâtiment de 1933 en visible à l'intérieur)
Fig. 39
Le bâtiment de 1935 surplombé par le magasin de 1933 depuis le sud
Fig. 40
Façade sud du magasin de 1933
Fig. 41
Le magasin de 1933 depuis l'est (le pignon au-devant est celui de l'atelier de 1856)
Fig. 42
Façade nord du magasin de 1933
Fig. 43
Fronton des bâtiments construits en 1933
Fig. 44
Ancre surmontant la magasin de 1933
Fig. 45
Espace en rez-de-chaussée compris entre le bâtiment de 1935 (à gauche) et le magasin de 1033 (à droite) : des trains rentraient approvisionner l'usine ou retirer les produits finis par cet endroit où on voit encore les rails au sol
Fig. 46
Rez-de-chaussée du bâtiment de 1935
Fig. 47
Rez-de-chaussée du magasin de 1933
Fig. 48
Premier et second étages du magasin de 1933 : les produits finis arrivaient par monte-charge et étaient entreposées dans les cellules de gauche
Fig. 49
Cellules de stockage des produits finis du magasin de 1933
Fig. 50
Une cellule du magasin de 1933
Fig. 51
Sol en bois des cellules de stockage du magasin de 1933
Fig. 52
Magasin primitif construit en 1930 au nord contre le magasin de 1933
Fig. 53
Atelier de 1856 ; la partie de gauche (masquée) sert de soubassement au magasin de 1933
Fig. 54
Rez-de-chaussée et étage de la partie ouest de l'atelier de 1856 sur lesquels repose le magasin de 1933
Fig. 55
Les bâtiments de l'angle sud-est (prolongement est de l'atelier de 1892) avant leur destruction en 2001 : celui de gauche datait de 1877 et celui de droite qui servait de bureaux datait de 1892
Fig. 56
Porche d'entrée du bâtiment de 1877 détruit en 2001
Fig. 57
Angle sud-est de l'usine avant destruction depuis le nord-ouest : à droite les bureaux de 1892 et à gauche un bâtiment construit en 1914
Fig. 58
Angle sud-est de l'usine : bâtiment de 1914 avant la destruction de 2001
Fig. 59
Angle sud-est de l'usine en cours de destruction en 2001
Fig. 60
Face est de l'usine, de gauche à droite : bâtiment construit en 1880 et ateliers à shed de 1872
Fig. 61
Face est de l'usine, de gauche à droite : bâtiment construit en 1880, ateliers à shed de 1872 et ateliers de 1927-31
Fig. 62
Mur sud du bâtiment de 1880
Fig. 63
Une fenêtre du bâtiment de 1880
Fig. 64
Intérieur du grand atelier nord-ouest construit en 1897
Fig. 65
Détail de la charpente du grand atelier nord-ouest construit en 1897
Fig. 66
Intérieur du grand atelier nord construit en 1909
Fig. 67
Charpente du grand atelier nord construit en 1909
Fig. 68
Intérieur de la salle des machines
Fig. 69
La maison construite par Jean-Baptiste Camion en 1833 et la polierie (à droite) depuis l'est
Fig. 70
La maison construite en 1833 par Jean-Baptiste Camion depuis le nord
Fig. 71
La polierie, face principale (est) : la partie construite vers 1825 est celle de gauche ; celle de droite a été ajoutée symétriquement à la place du moulin entre 1850 et 1872
Fig. 72
Face arrière de la polierie (côté étang)

Voir

Champagne-Ardenne, Ardennes, Inventaire du patrimoine industriel du département des Ardennes (08)
Champagne-Ardenne, Ardennes, Fonderies
Champagne-Ardenne, Ardennes, Logements et châteaux patronaux
Champagne-Ardenne, Ardennes, Usines de quincaillerie
Vivier-au-Court, Union (rue de l') 6, Logement patronal, dit château Camion

Région Champagne-Ardenne / Direction de la Culture, Service de l'Inventaire général du patrimoine culturel. Chercheur(s) : Marasi Julien ; Alves Gilles ; Decrock Bruno.(c) Région Champagne-Ardenne, 1986. Renseignements : Centre de documentation de l’Inventaire, 3 Faubourg Saint-Antoine, 51000 Châlons-en-Champagne. Tél. : 03 26 70 85 94. Document produit par Renabl6 : (c) Pierrick Brihaye (Région Bretagne, SINPA) / Yves Godde (Ville de Lyon)