patrimoine industriel

Champagne-Ardenne, Ardennes

Fromelennes, Flohimont

Usine métallurgique Estivant frères, puis Société Métallurgique du Cuivre, puis Compagnie Française de Métaux, puis Trefimétaux, actuellement KME France

Type de dossier : individuel Date de l'enquête : 2007

Désignation

Dénomination : usine métallurgique
Appellation et titre : Estivant frères, puis Société Métallurgique du Cuivre, puis Compagnie Française de Métaux, puis Trefimétaux, actuellement KME France
Partie(s) constituante(s) non étudiée(s) : atelier de fabrication ; atelier de conditionnement ; salle des machines ; bureau ; château d'eau ; cheminée d'usine ; conciergerie ; bief de dérivation ; logement patronal ; cité ouvrière

Compléments de localisation

Référence(s) cadastrale(s) : 1997 AH 9, 18, 20
Numéro INSEE de la commune : 08183
Aire : Ardennes
Canton : Givet
Milieu d'implantation : en village
Cours d'eau : Houille (la)

Historique

Commentaire historique : En 1817, Pierre Saillard, achète un moulin à blé construit en 1807 et le convertit en laminoir pour la fabrication de plaques de laiton et de zinc. Ce bâtiment construit dans l´angle nord-ouest de l´usine actuelle était le berceau de cette dernière et a été détruit dans les années 1960. En 1833, il est vendu à Jean-François Mesmin puis, en 1841, aux frères Estivant, propriétaires de tanneries et d´usines de colle à Givet. Grâce à l´usine de Flohimont qu´ils vont développer et aux autres sites de la vallée de la Houille qui leur appartiennent, ils fabriquent des plaques de foyer pour locomotive, des enveloppes et tubes pour calorifères mais aussi des chaudrons, des bassines, des plaques de doublage pour coques de bateaux. En 1850, les frères Estivant prennent la concession des mines de cuivre de Corocoro (Chili) pour s´assurer de l´approvisionnement de leurs usines et, en 1860, ils inventent un procédé révolutionnaire pour fabriquer les tubes de cuivre sans soudure qui seront employés en grande quantité notamment dans les sucreries. Au décès de Félix Estivant, en 1878, son frère Edouard vend toutes ses usines à Pierre Eugène Secretan propriétaire de la Société Métallurgique du Cuivre. En 1881, il fait élever le logement du directeur subsistant toujours dans le parc à l´ouest de l´usine. La même année, sa société fusionne avec le groupe Laveissière pour former la Société Industrielle et Commerciale des Métaux qui est vendue en 1892 à la Compagnie Française de Métaux (CFM). Entre 1875 et 1890 est construite la grande unité de production de tubes à l´est de l´usine, appelée le Tonkin (elle sera agrandie en 1897, vers 1922, 1965 et dans les années 1980-90). En 1897, l´usine est à nouveau étendue vers l´est (vers la Houille) et comporte dès lors une fonderie, un atelier des tubes, un laminoir et une tréfilerie ; elle est également raccordée au port fluvial de Givet par une voie de chemin de fer. En 1906, la municipalité de Fromelennes oblige l´usine à élever une cheminée de 82 m afin d´envoyer les fumées au loin. En 1912 (date portée sur les arcs des fenêtres), une centrale énergétique est construite ; elle comportait une grande chaudière dans un corps de bâtiment et des turbines à vapeur avec commutatrices (conservées) dans le second bâtiment accolé. Lors de la Première Guerre mondiale, la tréfilerie installée en 1912 est pillée et la fonderie détruite mais l´usine est remise en service après le conflit et la tuberie est à nouveau agrandie vers le sud. Après la Seconde Guerre mondiale, la production est recentrée sur le tube de cuivre ce qui lui permet de devenir l´une des plus grandes tuberies du monde. En 1962, la CFM et les Tréfileries et Laminoirs du Havre fusionnent sous le nom de Trefimétaux. Vers 1965, l´atelier de production des tubes est agrandi pour la troisième fois et la cheminée est transformée en château d´eau.Trefimétaux fusionne avec CEGEDUR au sein de Péchiney qui deviendra Péchiney Ugine Kulmann (PUK) en 1971. Les bâtiments de l´ancien laminoir de Fliment construit en 1830 (en amont sur la Houille), qui avaient été incorporés à l´usine, sont rasés en 1980 et remplacés par une nouvelle unité de tubes dite Rochefagne. En 1987, Trefimétaux sort du groupe PUK pour rejoindre la société italienne SMI ; en 1995, cette dernière, Trefimétaux et KM-Kabelmetal fusionnent pour donner naissance à KME, premier transformateur mondial de cuivre. Connue jusqu´en 2007 sous le nom de Tréfimétaux SA, l´usine change une dernière fois de nom et devient KME France SAS. En 1856, l´usine est dotée d´une machine à vapeur puis d´une seconde de 50 ch en 1856 fournie en énergie par deux chaudières ; deux autres chaudières, une machine à vapeur de 50 ch, une de 5 ch et deux autres de 4 ch ainsi que deux marteaux-pilons sont installés en 1860. En 1914, la force motrice est fournie par cinq turbines hydrauliques, sept machines à vapeur et la centrale thermo-électrique de 2000kw. L´usine est raccordée au réseau EDF en 1938 par une ligne de 15 000 volts, par une seconde de même puissance en 1955 et enfin par une de 63 000 volts en 1965.
La production atteint 9600 tonnes de demi-produits (plaques, bandes, barres, fils, câbles, tubes) et 8500 tonnes de cuivre brut en 1914 ; 4800 tonnes de tubes sortent annuellement en 1949, 25 000 en 1983 et 42 000 en 1990 et 133 000 tonnes de cuivre sont coulées en 2005.
Vers 1860-70, l´usine compte 368 ouvriers, environ 1000 vers 1900, 1100 en 1949, 1030 en 1982, 620 en 1987 et 386 actuellement. D´importantes grêves marquent l´usine en 1904 et 1936.
Datation(s) principale(s) : 2e moitié 19e siècle ; 4e quart 19e siècle ; 1er quart 20e siècle ; 2e moitié 20e siècle
Date(s) : 1881 ; 1897 ; 1912
Justification de la datation : porte la date ; daté par source ; daté par travaux historiques

Description

Commentaire descriptif : L´ensemble gigantesque s´étend sur 50 ha dont 8 couverts, ce qui en fait le site industriel le plus important des Ardennes, était desservi par une voie de chemin de fer jusque dans les années 1980. A l´entrée du site, une conciergerie à deux corps en brique encadre la voie amenant à la centrale thermoélectrique. Cette dernière, également en brique est composée deux corps de bâtiments symétriques aux façades ordonnancées avec un étage carré surmonté de toits à longs pans à charpente métallique couverts de tuile mécanique ; elle accueillait, dans la partie est, la chaudière marine (le volume interne est aujourd´hui divisé par des dalles en béton armé) et, dans la partie ouest, les turbines à vapeur et commutatrices. A l´est, se développe les halles de l´immense tuberie dont les ateliers de fabrication et de conditionnement mesurent 650m : au nord-ouest se trouvent les trois halles de la tuberie primitive visibles sur les vues anciennes, dite le Tonkin (entre 1875 et 1897) avec des murs en brique et des toits à longs pans à charpente métallique apparente (les charpentes sont plus récentes et ont été surélevées) ; la partie ajoutée dans leur prolongement sud vers 1922 est également en brique mais les longs pans sont remplacés par des sheds ; les deux halles les plus à l´est ont été successivement ajoutées en 1965 et dans les années 1980-90 avec des murs en pan de fer hourdés de parpaing et charpentes métalliques apparentes.
Au nord-ouest, les bâtiments de l´actuelle maintenance sont certainement les plus anciens du site (deuxième moitié du 19e siècle) et les mieux conservés car ils n´ont que peu été transformés ; les murs sont en brique avec de larges baies cintrées et un oculus au sommet de chaque mur pignon, les toits sont à longs pans à charpente en bois apparente couverts de tuile mécanique. Au sud de ces derniers, la fonderie est constituée de deux halles aux murs en briques avec les mêmes ouvertures et oculi que pour la maintenance ; les toits à longs pans ont été surélevés et sont constitués de charpentes métalliques apparentes couvertes de tuile mécanique mais aussi d´une charpente en bois apparente couverte d´ardoise pour la partie nord-est.
Enfin, au sud de la fonderie, la grande cheminée en brique construite en 1912 et haute de 82 m a été transformée en château d´eau en 1965 par l´adjonction d´une réserve en béton armé de 500m3.
Une partie des cités ouvrières construites en moellon face à l´entrée de l´usine subsistent ainsi que le logement patronal de 1881 à l´ouest.
Matériau(x) de gros-oeuvre et mise en oeuvre : brique ; fer ; pan de fer ; béton ; parpaing de béton
Matériau(x) de couverture : ardoise ; tôle ondulée ; tuile mécanique ; verre en couverture
Vaisseau(x) et étage(s) : 1 étage carré
Type et nature du couvrement : charpente en bois apparente ; charpente métallique apparente
Parti d'élévation extérieure : élévation ordonnancée
Type de la couverture : toit à longs pans ; shed
Emplacement, forme et structure de l'escalier : escalier intérieur
Source d'énergie : énergie hydraulique ; produite sur place ; énergie thermique ; produite sur place ; énergie électrique ; produite sur place ; achetée

Intérêt de l'oeuvre

Elément(s) remarquable(s) : ateliers de fabrication ; cheminée d'usine ; machines énergétiques (étudiées dans la base Palissy) ; machine de production
Observations : L'usine de Flohimont est remarquable à tous points de vue. Sa superficie, la superficie de ses bâtiments ainsi que leur dimensions impressionnent : le plus long bâtiment de la tuberie industrielle mesure 650 mètres de long, la cheminé est haute de 82 mètres (la plus haute des Ardennes et son château d'eau peut contenir 500 mètres cubes d'eau). La démesure des installations de production (presse de 3250 tonnes) est à la hauteur de celle des bâtiments. Son histoire et l''ancienneté des ateliers relativement bien datés (1897 pour une partie de la tuberie, 1912 pour la centrale énergétique, 2e moitié du 19e siècle pour la fonderie et l'atelier de maintenance) sont des témoins importants de l'histoire industrielle.
Une presse allemande Schloemann de 3150 tonnes est installée en 1963 dans la tuberie.

-fin 1806 (septembre) Mathurin Noël demande l´autorisation de construire un moulin à farine, sur le territoire de Fromelenne, prairie dite Lanbierit/Lambiéri, sur sa propriété du hameau de Flohimont/Floymont, sur la rive gauche de la rivière de Houille.
Usines à cuivre : fromelennes, 600 ouvriers, très actif.
Cie Fse des métaux, usine de flohimont & fliment, givet ; siège social à paris ; fabrication de planches, rubans, barres, fils, plaques de foyers en cuivre et alliages légers ; SA ; 466 pers en mai 1943.
Oeuvre étudiée

Situation juridique

Statut de la propriété : propriété d'une société privée

La centrale thermo-électrique depuis le sud-est
Plan du site


Documentation

Documents d'archives

F14 4284-4299, Dossier 1.

AN, F12 9429, le fonds de l' OCRPI période 1940-1949.

AN, F12 4483, Ardennes, rapports annuels, industriels et mensuels sur la situation industrielle et commerciale du département, Situation industrielle, 3e trim 1883.

Bibliographie

SAISELET, Bernard. La Houille et l'aventure du cuivre. n.p. 2006.

PARIS, Agnès. Flohimont. Le cuivre dans la vallée de la Houille (1841-1914). Terres Ardennaises, n° 22, mars 1988, p. 29-33.

COLINET, René. Compte-rendu du mémoire d'A. Paris. Revue historique ardennaise. T. XXIII, 1988, p. 106-133.

PARIS, Agnès. Naissance d'une industrie. Le cuivre dans la vallée de la Houille (1787-1817). Terres Ardennaises, n° 18, mars 1987, p. 1-5.



Illustrations

Des. 1
Plan du site
Fig. 2
L'usine vue du nord vers 1900 ; de gauche à droite : le Tonkin, les bureaux avec la grande horloge au fronton, la fonderie avec sa grande cheminée et au devant de celle-ci, les bâtiments de l'actuelle maintenance
Fig. 3
La tuberie dite le Tonkin avec les divers agrandissement successifs depuis le sud-est
Fig. 4
Différentes vues aériennes de l'usine dans les années 1950
Fig. 5
Vue aérienne de l'usine telle qu'elle est actuellement depuis l'est
Fig. 6
Vue aérienne
Fig. 7
Vue aérienne
Fig. 8
Vue aérienne
Fig. 9
Vue aérienne
Fig. 10
Vue aérienne
Fig. 11
Vue aérienne
Fig. 12
Les loges des concierges à l'entrée de l'usine
Fig. 13
La centrale thermo-électrique depuis le sud-est
Fig. 14
La façade sud de la centrale thermoélectrique
Fig. 15
Centrale thermoélectrique : date sur les arcs des baies
Fig. 16
L'ancienne salle des turbines de la centrale thermoélectrique
Fig. 17
Ancienne salle des turbines à vapeur : la charpente métallique
Fig. 18
Ancienne salle des turbines à vapeur : les tableaux de commande
Fig. 19
Ancienne salle des turbines à vapeur : le pont roulant d'origine
Fig. 20
Ancienne salle des turbines à vapeur : les commutatrices
Fig. 21
Centrale thermoélectrique : l'ancienne salle de la chaudière type Marine transformée en magasin général
Fig. 22
La tuberie industrielle (le Tonkin) depuis le nord-ouest ; la centrale thermoélectrique est masquée par les arbres
Fig. 23
Le Tonkin depuis le nord-ouest
Fig. 24
La façade ouest de la tuberie depuis le nord-ouest
Fig. 25
La façade ouest de la tuberie industrielle depuis le sud-ouest
Fig. 26
Vue de détail sur la façade ouest (d'origine) de la tuberie industrielle
Fig. 27
Façade nord de la tuberie industrielle (les deux faces visibles sont celles du Tonkin)
Fig. 28
Façade nord de la troisième halle du Tonkin
Fig. 29
Façade est de la tuberie industrielle (partie construite en vers 1965) avec à ses pieds la Houille
Fig. 30
Intérieur de l'une des halles du Tonkin
Fig. 31
Une halle du Tonkin
Fig. 32
Charpente métallique du Tonkin
Fig. 33
Détail des assemblages métalliques du Tonkin
Fig. 34
La partie ajoutée vers 1922 à la tuberie industrielle
Fig. 35
Charpente métallique des sheds de la partie construite en 1922 de la tuberie industrielle
Fig. 36
Vue panoramique de l'usine depuis le sud ; de gauche à droite : la fonderie (avec l'unité construite en 1990 en bleu), la cheminée-château d'eau, la tuberie industrielle
Fig. 37
La cheminée-château d'eau de 82 m
Fig. 38
Le réservoir d'eau de 500 mètres cubes de la cheminée-château d'eau
Fig. 39
La fonderie depuis le sud
Fig. 40
La fonderie depuis le nord : la partie avec la charpente en bois est à gauche
Fig. 41
La partie de la fonderie avec charpente métallique depuis le nord
Fig. 42
Partie de la fonderie avec charpente métallique
Fig. 43
Charpente métallique de la fonderie
Fig. 44
Partie de la fonderie avec charpente en bois
Fig. 45
Atelier de maintenance depuis le sud-est
Fig. 46
Logement construit en 1881 par Secrétan pour le directeur
Fig. 47
Cités ouvrières subsistantes face à l'usine

Voir

Champagne-Ardenne, Ardennes, Inventaire du patrimoine industriel du département des Ardennes (08)
Champagne-Ardenne, Ardennes, Fonderies de cuivre
Champagne-Ardenne, Ardennes, Logements et châteaux patronaux
Fromelennes, Flohimont, Ensemble de deux générateurs électromécaniques (dynamos)

Région Champagne-Ardenne / Direction de la Culture, Service de l'Inventaire général du patrimoine culturel. Chercheur(s) : Marasi Julien ; Decrock Bruno.(c) Région Champagne-Ardenne, 2007. Renseignements : Centre de documentation de l’Inventaire, 3 Faubourg Saint-Antoine, 51000 Châlons-en-Champagne. Tél. : 03 26 70 85 94. Document produit par Renabl6 : (c) Pierrick Brihaye (Région Bretagne, SINPA) / Yves Godde (Ville de Lyon)