enquête thématique départementale (recensement des églises et chaplles du département de la Haute-Marne) ; recensement immeubles MH

Champagne-Ardenne, Haute-Marne

Vignory

Église paroissiale Saint-Etienne

Type de dossier : individuel Date de l'enquête : 2005

Désignation

Dénomination : église paroissiale
Vocable : Saint-Etienne

Compléments de localisation

Numéro INSEE de la commune : 52524
Aire : Haute-Marne
Canton : Vignory
Milieu d'implantation : en village
Cours d'eau : Rigollot (Le) ; Ribévaux (Le)

Historique

Commentaire historique : Vignory apparaît dans les archives de l'abbaye de Luxeuil dès le début du 9e siècle, lorsque le fisc royal du lieu ainsi que les églises qui en dépendaient furent concédés par Charlemagne au monastère colombanien. En 1032, Gui, premier sire de Vignory connu, créa auprès de son château un collège de chanoines et entreprit d'édifier une église à leur intention. C'est du moins ce qui ressort d'une charte de 1049 par laquelle son fils Roger substitua à cette communauté de chanoines une communauté de moines bénédictins et donna la cella de Vignory, avec son église nouvellement construite, à l'abbaye Saint-Bénigne de Dijon. Cette église, placée sous le vocable de Saint-Etienne, fut dédicacée par Hardouin, évêque de Langres, entre 1050 et 1057.
Vers le milieu du 12e siècle fut ajouté le clocher et, du 14e au 16e siècle, les chapelles du bas-côté sud.
Des restaurations intervinrent à la fin du 18e siècle (reprises ponctuelles de maçonnerie et des toitures) et en 1838 (blanchissage de l'intérieur et création d'un mur sous l'arc diaphragme).
L'examen de l'édifice révèle l'existence de deux campagnes de construction. La première, qu'il convient sans doute d'attribuer à Gui, concerne la nef, dont les trois vaisseaux sont couverts d'une charpente. Au cours de la seconde s'éleva le choeur à déambulatoire et chapelles rayonnantes, reflet de l'ambition de son fils Roger qui, lorsqu'il décida d'appeler à Vignory des moines bénédictins, dut aussi envisager d'amplifier le projet de son père.
L'étude archéologique de l'église qui était à la fois priorale (choeur) et paroissiale (nef) est toutefois rendue délicate par l'importance des restaurations effectuées à partir de 1846 par Emile Boeswilwald, à la demande de Prosper Mérimée alors Inspecteur des monuments Historiques. L'édifice avait été signalé à ce dernier par l'érudit langrois Girault de Prangey. Lors d'une visite à Vignory en 1843, il fut frappé par l'aspect carlovingien (carolingien) de l'édifice et fit immédiatement un rapport enthousiaste à son supérieur, Ludovic Vitet, afin de le faire restaurer. Des crédits considérables furent alloués à des travaux qui durèrent jusqu'en 1860. La façade occidentale et les premières travées de la nef (qui étaient un agrandissement de l'époque gothique) furent entièrement reconstruites dans le style roman. Le mur du bas-côté nord fut entièrement abattu et repoussé d'un mètre plus au nord (on abattit également une chapelle de ce côté, dans l'angle nord-ouest). Les parties supérieures de la nef surmontant la claire-voie furent entièrement rasées et reconstruites d'aplomb car la charpente et sa couvertures en lauze avaient déversé les murs. L'arc-diaphragme qui sépare la nef du choeur fut percé d'une claire-voie à sept fenêtres et celui séparant le choeur de l'abside reçut une rosace et un arc supplémentaire pour l'équilibrer avec celui précédemment cité. Le chevet ne fut pas en reste car on créa une partie des arcatures internes du déambulatoire, on supprima une chapelle au sud, on refit des ouvertures de style roman en lieu et place des baies gothiques qui avaient été ouvertes dans les chapelles rayonnantes et on ajouta deux piles pour soutenir le cul-de-four de l'abside. La base du clocher, qui posait problème depuis le 18e siècle, fut entièrement reconstruite de même que l'ensemble des charpentes (elles furent toutes individualisées) ; celle du clocher vit d'ailleurs la suppression de quatre clochetons d'angle et la couverture en ardoise fut remplacée par des essentes. Il faut noter qu'à l'origine le clocher était couronné par une flèche polygonale en pierre qui est conservée mais masquée par la couverture en bardeau.
Datation(s) principale(s) : 1ère moitié 11e siècle ; milieu 12e siècle ; 15e siècle ; 16e siècle ; milieu 19e siècle
Date(s) : 1844
Justification de la datation : datation par travaux historiques ; daté par source
Justification de l'attribution : attribué par source
Personne(s) liée(s) à l'histoire de l'oeuvre : Boeswilwald Emile (architecte)

Description

Commentaire descriptif : Eglise à plan allongé.
La nef est à trois vaisseaux (couverts de charpente en bois apparente) de neuf travées : les murs gouttereaux sont à trois niveaux dont une claire-voie en partie médiane. Le collatéral sud s'ouvre sur cinq chapelles secondaires voûtées d'ogives excepté pour la quatrième qui est couverte d'une voûte à pendentifs. Le choeur se compose d'une travée droite à charpente apparente et d'une abside voutée en cul-de-four. Ce choeur est ceinturé par un déambulatoire couvert d'un berceau annulaire s'ouvrant sur trois chapelles rayonnantes. La tour du clocher est campée sur la première travée nord du déambulatoire. Elle est couronnée par une flèche polygonale en bardeau masquant une flèche polygonale en pierre. La tourelle d'escalier au toit conique en pierre est adossée au mur du collatéral nord non loin de la sacristie.
La nef est couverte d'un toit à longs pans en tuile plate. Les collatéraux présentent des toits à un pan faiblement inclinés et couverts de tuile creuse. Les chapelles du collatéral sud possèdent des toits en pavillon individualisés en tuile plate. L'abside et le déambulatoire sont couverts de tuiles creuses posées sur des croupes rondes à faible pente. Les chapelles rayonnantes du déambulatoire sont surmontées de croupe ronde en pierre de taille.
La façade occidentale, le mur extérieur des chapelles sud et la base du faux-clocher sud sont en pierre de taille et le reste de l'édifice est enduit.
Matériau(x) de gros-oeuvre et mise en oeuvre : calcaire ; pierre de taille ; moellon ; grand appareil ; enduit ; crépi moucheté
Matériau(x) de couverture : tuile creuse ; tuile plate ; calcaire en couverture ; bardeau
Parti de plan : plan allongé
Vaisseau(x) et étage(s) : 3 vaisseaux
Type et nature du couvrement : cul-de-four ; voûte d'arêtes ; voûte d'ogives ; voûte en berceau ; voûte en pendentifs ; charpente en bois apparente
Type de la couverture : toit à longs pans ; flèche polygonale ; toit en pavillon ; toit conique ; croupe ronde ; toit à un pan
Emplacement, forme et structure de l'escalier : escalier hors-oeuvre : escalier en vis, en maçonnerie
Technique du décor : peinture ; sculpture (étudié dans la base Palissy)
Représentation : scène orientale ; représentation non figurative ; ornement géométrique ; billette ; losange ; cercle ; dent de scie ; rinceau ; ornement végétal ; oiseau ; griffon ; lion ; tête humaine ; personnages
Précision sur la représentation : Un petit fragment de peinture murale subsiste dans la nef au niveau d'un tailloir de la claire-voie sud.
Les chapiteaux et tailloirs de la nef sont ornés de figures géométriques, de motifs végétaux stylisés, d'animaux (oies, salamandres), d'animaux fantastiques (licorne, griffon), de têtes humaines et de deux orants.
Les deux chapiteaux de l'abside représentent des lions affrontés (au nord) et des griffons parmi des végétaux (au sud).
Etat de conservation : restauré ; remanié ; bon état ; inégal suivant les parties ; humidité ; traces d'humidité ; moisissures

Intérêt de l'oeuvre

Intérêt de l'oeuvre : à signaler
Elément(s) remarquable(s) : chapiteaux ; choeur ; déambulatoire ; nef ; clocher ; chapelle ; absidiole
Observations : L'église de Vignory est l'un des plus anciens édifices de Champagne et son histoire est relativement bien documentée. Elle est également la seule de la région à posséder une claire-voie à chapiteaux sculptés. Elément atypiquye dans la région, la tour du clocher est couronnée par une flèche polygonale en pierre masquée par lea couverture en bardeau.
Le déambulatoire à trois chapelles rayonnantes est du plus haut intérêt pour l'histoire de l'architecture romane. Il est en effet, avec celui de Saint-Savin-sur-Gartempe (Vienne), l'un des plus anciens témoignages de ce type de chevet à être entièrement conservé en élévation. Alors qu'à Saint-Philibert de Tournus, à Saint-Aignan d'Orléans ou à la cathédrale d'Auxerre, seules les parties basses appartiennent au début du 11e siècle, on peut observer à Vignory une organisation spatiale et une hiérarchisation des volumes de l'ensemble de la construction.
Le clocher du milieu du 12e siècle servit de modèle pour celui de Buxières-les-Froncles distant de quatre kilomètres.
18 ; 04 ; 1914 (J.O.).
Oeuvre étudiée

Situation juridique

Statut de la propriété : propriété de la commune
Date(s) et nature de la protection MH : 1846 : classé MH
Précisions sur la protection : Eglise : classement par liste de 1846.

Chevet : vue est
Plan

Données complémentaires :

Précisions sur l'état de conservation Importantes remontées capillaires, notamment dans le choeur, qui provoquent l'apparition de moisissures vertes et la désagrégation des enduits.
La couverture de la nef a été refaite dans les années 1980 et celle du faux clocher sud en 2004. Celle en bardeau du clocher nord arrive en fin de vie.
Appréciation des conditions de conservation des objets (de 0 à 5) 2
Appréciation de la vitesse de dégradation de l'édifice (0, 1 ou 2) 1
Diocèse ancien de localisation diocèse de Langres


Documentation

Documents figurés

Archives Nationales, Série Topo Va 52, H135052 .
Archives départementales de Haute-Marne, sous-série 2 Fi, 117 ; 616 ; 618 ; 620 ; 759 ; 990.
Archives départementales de Haute-Marne, sous-série 2 O, 3629.
Archives départementales de Haute-Marne, sous-série 1 J, 657.
Archives départementales de Haute-Marne, sous-série 8 Fi, 525-2 ; 525-8 ; 525-13 ; 525-15 ; 515-17 ; 525-18 ; 525-23 ; 525-38 ; 525-39 ; 525-42 ; 525-45 ; 525-49 ; 525-53 ; 525-61.

Bibliographie

ROUSSEL, (abbé). Le Diocèse de Langres. Histoire et statistique. t. II, 1875, Langres, p. 205-207.

HUMBLOT (abbé). L'église de Vignory (Haute-Marne). Saint-Dizier, 1926, .

DESHOULIERES, F. L'église de Vignory (Haute-Marne). Paris, 1929, .

AUBERT, Marcel. L'église de Vignory : essais sur les dates de sa construction. Mémoires de la Société des Antiquaires de France, 1954, p. 165.

DAUTREY, Philippe. L'église de Vignory. Zodiaque, 1964, .

BRIQUET, Marie. Les églises romanes du Vallage Haut-Marnais. Mémoires de la Société d'Agriculture, commerce, sciences et arts du département de la Marne, 1971, t. LXXXVI, p. 138-142.

PEROUSE DE MONTCLOS, Jean-Marie (dir.). Guide du patrimoine en Champagne-Ardenne. Paris : Hachette, 1995, p. 393-396.

BRAUN, Suzanne. Architecture et sculpture romanes en Champagne Ardenne. Créér, 2003, p. 53-60.



Illustrations

Des. 1
Plan
Doc. 2
Vue de Vignory en 1669
Doc. 3
Calque du plan de l'église avant restauration
Doc. 4
Vues de l'église avant la restauration par Emile Boeswilwald, 2e quart 19e siècle
Doc. 5
Plan, coupes et vues de l'église avant restauration, 2e quart 19e siècle par E. Boeswilwald
Doc. 6
Vue de l'église vers le milieu du 19e siècle
Doc. 7
Vues de l'église après restauration, par Emile Boeswilwald 3e quart 19e siècle
Doc. 8
Elévation de la façade occidentale et coupe transversale de l'église restaurée par Emile Boeswilwald, 3e quart 19e siècle
Doc. 9
Coupe transversale de la nef et restitution de l'église avant l'ajout des chapelles sud, 1849 par César Daly
Doc. 10
Coupe longitudinale du choeur, 1849 par César Daly
Doc. 11
Le choeur en juillet 1877
Doc. 12
Vue du clocher vers 1900 ?
Doc. 13
Vue générale, début 20e siècle
Doc. 14
Vue générale, 1ère moitié 20e siècle
Doc. 15
Vue aérienne, milieu 20e siècle
Doc. 16
Vue aérienne, milieu 20e siècle
Doc. 17
Vue générale, 1ère moitié 20e siècle
Doc. 18
Vue partielle, milieu 20e siècle
Doc. 19
Vue de la façade occidentale, début 20e siècle
Doc. 20
Vue intérieure de la nef, début 20e siècle
Doc. 21
Vue intérieure de la nef, 1ère moitié 20e siècle
Doc. 22
Le bas-côté sud, 1ère moitié 20e siècle
Doc. 23
La chapelle Saint-François, début 20e siècle
Doc. 24
La chapelle Saint-Roch, début 20e siècle
Fig. 25
Chevet : vue est
Fig. 26
Chevet : vue sud est
Fig. 27
Bas-côté sud : vue sud-est
Fig. 28
Chapelles sud
Fig. 29
Bas-côté sud : vue sud-ouest
Fig. 30
Façade ouest
Fig. 31
Bas-côté nord : vue nord-ouest
Fig. 32
Clocher : face nord
Fig. 33
Nef : vue depuis l'entrée ouest
Fig. 34
Nef : vue depuis le choeur
Fig. 35
Nef, mur nord : vue depuis le choeur
Fig. 36
Nef, mur sud : vue depuis l'ouest
Fig. 37
Bas-côté sud, chapelles : vue depuis l'ouest
Fig. 38
4e chapelle sud
Fig. 39
Choeur : chapiteau figuratif
Fig. 40
Choeur : chapiteau figuratif
Fig. 41
Déambulatoire : vue depuis la chapelle axiale
Fig. 42
Bas-côté nord, vue depuis l'est
Fig. 43
Vue de détail : 1ère chapelle sud, lavabo-niche
Fig. 44
Vue de détail : 2e chapelle sud, lavabo-niche
Fig. 45
Vue de détail : 3e chapelle sud, lavabo-niche

Voir

Champagne-Ardenne, Haute-Marne, Recensement des églises et chapelles du département de la Haute-Marne
Champagne-Ardenne, Haute-Marne, Canton de Vignory
Champagne-Ardenne, Haute-Marne, Lieux de culte séculiers du département

Chercheur(s) : Marasi Julien ; Decrock Bruno. (c) Région Champagne-Ardenne, 2005. Renseignements : Service Régional de l'Inventaire, Direction de la Culture, Région Champagne-Ardenne, 5 rue de Jéricho 51037 Châlons-en-Champagne cedex. Tél. : 03.26.70.85.94.
(Document produit par RenablLyon : P. Brihaye, DRAC Bretagne / Y. Godde, Ville de Lyon)